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De curieux écureuils

Les rayons du matin se fraient un chemin à travers les arbres avant d'entrer par la fenêtre ouverte d'un petit cottage rustique situé dans la ville de Bispgården en Suède. Une bouilloire siffle, les tasses et les soucoupes sont de sortie, le thé frais est en train d'infuser dans une théière posée sur le comptoir en pierre. Le photographe animalier Geert Weggen s'approche de la fenêtre, regarde dans le viseur de son appareil photo, règle la mise au point et attend.

On entend un bruissement de feuilles et un écureuil sauvage fait son apparition sur une branche, tel un danseur, avant de se poser sur une petite table d'extérieur semblable à une scène. Il joue alors avec divers accessoires : une raquette de tennis miniature, une ombrelle à cocktail et une petite voiture. Il se déplace rapidement, consacrant un court instant à chaque accessoire. Geert parvient à peine à saisir une poignée d'images avant que l'écureuil ne se jette dans l'arbre d'où il a surgi.

Depuis cinq ans, Geert répète ce rituel tous les matins. Sa pratique de la photographie animalière a vu le jour quand il s'est lié d'amitié avec un renard qui fréquentait sa maison dans les bois. Il réalise alors qu'il peut créer des images interéssantes de cet animal en l'incitant à faire des actions improbables comme s'asseoir à l'intérieur d'une boîte. Des liens similaires se forment alors avec d'autres créatures, comme cet oiseau qui mange dans la main de Geer ; il crée alors des mises en scène pour le photographier de plus près. Puis c'est au tour des écureuils de rendre visite au studio intérieur/extérieur de Geert ; ils sont depuis son principal sujet de travail.

Le genre de photographie que Geert réalise est difficile à définir puisqu'il ne relève ni de la faune sauvage ni de la nature morte. Il semble se trouver quelque part à mi-chemin, une dimension fantastique faisant le lien entre les deux. Lorsqu'on lui demande de se prononcer sur son style, Geert admet qu'il le trouve difficile à définir.

« J'y réfléchis souvent. J'avais l'habitude d'appeler mon style « réalisme magique », en raison des situations empreintes de conte de fées et de fantaisie dans lesquelles les écureuils sont photgraphiés. Mon style peut également se décrire par « le vivant en nature morte », parce que je fais des mises en scène et attends que la vie (un animal) y surgisse. »

Parmi les images préférées de Geert figurent celles réalisées lorsque les écureuils font des activités ludiques ou cocasses, comme lorsqu'ils « jouent au tennis » ou « lisent ». Elles nécessitent des jours de travail et demandent une immense dose de patience. Toutefois, Geert constate que c'est son lien avec les animaux qui lui permet de créer des images si intrigantes.

« J'ai un lien privilégié avec les écureuils. Ils s'assoient parfois sur moi lorsque je prends des photos et certains me laissent leur caresser la tête. La sensation est merveilleuse lorsque les animaux sauvages me font confiance. »

Le studio de Geert est une scène de 12 mètres carrés, située à l'extérieur de sa fenêtre de cuisine et dotée d'un toit entrouvert. Grâce à cette installation, la pluie, la neige et le soleil peuvent entrer sans endommager le matériel, lui permettant de cadrer les animaux avec le soleil à l'arrière-plan.

« Je photographie toujours en contre-jour... Les écureuils sont alors entourés d'un magnifique halo éclatant lorsqu'il y a du soleil. »

Les animaux étant toujours en mouvement, Geert recommande également un zoom car il permet de garder une certaine distance entre le photographe et le sujet, ce qui facilite le suivi des mouvements rapides.

La prise de vue d'animaux nécessite un appareil photo doté de fonctionnalités particulières. Pour Geert, il est important d'utiliser un appareil photo doté d'une définition élevée, permettant de faciliter le recadrage (il a recours au Nikon D7100 et au Nikon D810, ce dernier étant doté de 36,3 millions de pixels et d'un capteur d'image plein format). Un système autofocus rapide et une option de cadence de prise de vue en rafale sont également nécessaires.

Gagner sa vie en photographiant les écureuils demande un effort constant pour rester inspiré et faire preuve de créativité. Néanmoins, Geert confie que le fait d'entretenir un lien avec les animaux lui apprend à être davantage présent et fidèle à son propre style.

«  Lorsque je suis de mauvaise humeur, cela ne semble pas les affecter. Ils m'acceptent simplement comme je suis. J'aime le fait qu'ils soient sauvages et libres, qu'ils aillent et viennent à leur guise. »

Geert explique que cette attitude fait particulièrement sens pour les artistes, qui s'ancrent souvent dans l'imitation plutôt qu'ils ne développent leurs propres styles et idées. Le secret pour se sentir inspiré n'est peut-être pas plus compliqué que de sortir dans la nature, d'être constant et de se reconnecter aux êtres plus petits et plus simples qui nous entourent.

À propos de Geert

Geert Weggen est un photographe animalier de 49 ans originaire des Pays-Bas et connu principalement pour son travail avec les écureuils. Il vit dans le petit village de Bispgården situé au milieu de la Suède, où l'hiver dure généralement cinq mois. Ses images d'écureuils ont été présentées dans National Geographic où il a fait l'objet d'un éditorial de 8 pages.