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Trouver des proches parmi des étrangers

Alessandro Vanucci ne se considère en aucun cas comme un mystique. Pourtant, la vie qui se déroule sur les bords du Gange et la magie qui règne sur les ghats exercent sur lui un tel enchantement qu'il reprend chaque année son pèlerinage en Inde. Environné de la foule et de la richesse culturelle du pays, il vient témoigner d'un type de romantisme unique en Inde.

La série d'Alessandro retrace ses dernières aventures en Inde et aux alentours, pendant lesquelles il a saisi des portraits chargés d'histoire et des moments de sérénité pittoresques. Malgré un certain sentiment de calme affiché dans ses photos, la réalité qui l'entoure est beaucoup moins sereine. « En Inde, où que vous soyez, il y a tellement de choses qui arrivent à la fois que je me sens souvent submergé. J'ai parfois du mal à rester concentré. C'est l'Inde ! »

Lorsqu'il photographie, sa règle d'or est de créer un lien avec son sujet. C'est cet élément de confort dans la situation présente ou avec la personne contactée qui crée une image réellement émouvante. « Je me souviens, à la Kumbh Mela, j'étais assis à côté d'un sādhu et nous avons parlé pendant une demi-heure, l'un en anglais et l'autre en hindi. Évidemment, aucun de nous ne comprenait un mot de ce que disait l'autre, mais c'était pourtant aussi intéressant qu'amusant. » Le fait qu'il passe ainsi du statut d'étranger à celui d'ami malgré la barrière de la langue fait que ces moments partagés donnent à ses images un supplément d'âme indéniable.

Même dans les moments où aucun mot n'est échangé, le pouvoir de l'observation crée un lien très personnel. Voir quelqu'un dans son élément, tellement pris par l'instant que votre présence ne le perturbe en rien. Alessandro nous donne une importante leçon de temps qui passe, de patience et d'observation.

« La photo du sādhu priant dans le Gange au lever du soleil. Je m'en souviens très bien, il faisait très froid et je l'ai fixé pendant 20 minutes avant de prendre les photos. Il était tellement concentré sur ses prières que j'étais complètement invisible pour lui. Lorsqu'il est sorti de l'eau, il tremblait de froid, mais dans l'eau, il était si calme et immobile, c'était incroyable ! »

Un autre élément clé de ses photos, c'est la recherche d'une belle lumière. C'est même souvent par là qu'il commence. Lorsque l'éclairage parfait se présente, l'attente peut commencer. Il étudie les événements qui se déroulent autour de lui en essayant d'anticiper le moment idéal pour prendre l'image. « Le sujet est important, mais la lumière et le « moment » sont tout aussi décisifs, si ce n'est plus. Tout tourne autour de la lumière. La prise de vue parfaite exige un éclairage parfait. »

C'est pourquoi il ne se sépare jamais de son Nikon D810, un choix logique pour lui car il est particulièrement utile en cas de faible luminosité ou si le contraste est élevé entre les hautes lumières et les ombres. Son objectif de prédilection est l'AF-S NIKKOR 24 mm f/1.4G ED, qu'il a utilisé pour l'essentiel de sa série en Inde. « La façon dont cet objectif fonctionne a quelque chose de magique. Le flou que l'on obtient est absolument exceptionnel, je n'avais encore jamais vu ça avec un autre objectif. »

L'une des images qui lui a laissé la plus forte impression est celle d'une échoppe de barbier verte, étroite. L'intérieur de la salle d'attente est réduit au minimum et très usé. Deux enfants regardent vers la gauche tandis que le barbier rase un client de près. Pour Alessandro, ces instants saisis sont d'un grand naturel et racontent une histoire venue de temps lointains. Les sentiments évoqués sont profondément enracinés dans ce moment. Dans un pays qui fourmille d'histoires par millions, il est bien possible que l'Inde appelle Alessandro encore et toujours pour partager ses moments éphémères et son charme du quotidien.

À propos d'Alessandro

Alessandro s'est installé à Siem Reap il y a 7 ans. Il travaille désormais comme photographe guide de tours axés sur la photographie, essentiellement au Cambodge, mais aussi en Inde, au Myanmar et au Viêtnam. Il est tombé amoureux de la photographie à l'âge de 15 ans, mais c'est n'est que depuis son arrivée en Asie qu'il a l'impression d'avoir franchi « un nouveau cap ». Sa passion est de photographier les gens, en cherchant toujours à faire affleurer les émotions derrière chaque visage.